Notaires
Partenariat CSN-IA souveraine : ce que change le 9 juillet 2026 pour votre office
Le Conseil supérieur du notariat a officialisé le 9 juillet 2026 un partenariat de 18 mois avec un fournisseur d'IA et un hébergeur français. On reprend les trois principes de l'IEJ (secret professionnel, données, responsabilité) et ce que cela change concrètement pour les offices.
Un cadre posé par la profession, pas par un éditeur
Le 9 juillet 2026, le Conseil supérieur du notariat a annoncé avoir choisi le fournisseur d'IA Mistral AI et l'hébergeur Scaleway pour mettre des solutions d'intelligence artificielle à disposition des offices. Le communiqué du CSN précise que la démarche vise à « permettre aux offices notariaux d'accéder à des solutions d'intelligence artificielle dans un environnement cloud européen sécurisé, maîtrisé et garantissant le respect du secret professionnel du notaire » [1].
Le partenariat est prévu pour 18 mois. Il s'adresse aux 17 536 notaires en exercice au 31 décembre 2025 et à leurs 55 259 collaborateurs [2]. Le CSN a posé un principe clair : les notaires restent libres de leurs outils, à condition de respecter la charte IA diffusée par la profession [1].
Trois principes à garder en tête pour chaque projet IA
Le 12 décembre 2025, la section Prospective et numérique de l'Institut d'Études Juridiques du CSN a publié un guide d'introduction à l'IA. Le guide rappelle trois principes qui doivent structurer toute démarche dans l'office : « Le respect absolu du secret professionnel, la maîtrise du traitement des données personnelles, la responsabilité pleine et entière de l'acte notarié » [3].
Ces trois principes ne sont pas un ajout marketing. Ils sont la traduction opérationnelle de l'article 8 du code de déontologie des notaires (décret n° 2023-1297 du 28 décembre 2023) et de l'article 226-13 du code pénal sur le secret professionnel. Un outil qui ne respecte pas l'un des trois principes n'est pas un outil notarial.
Premier principe, le secret professionnel : il est absolu, pas relatif. Le code pénal (article 226-13) prévoit un an de prison et 15 000 euros d'amende pour sa violation. Copier un projet d'acte dans un outil cloud non européen, c'est effectuer une divulgation à un tiers non encadré, susceptible de constituer une violation [6]. Le communiqué de Scaleway, l'hébergeur lié au partenariat du 9 juillet 2026, cite explicitement cette exigence : « Dans un domaine où la confidentialité des données et le secret professionnel sont des priorités absolues, il n'y a pas de place pour le compromis » [4].
permettre aux offices notariaux d'accéder à des solutions d'intelligence artificielle dans un environnement cloud européen sécurisé, maîtrisé et garantissant le respect du secret professionnel du notaire
Cinq questions à poser à tout éditeur IA avant de signer
Avant de signer, cinq questions suffisent à écarter un outil mal outillé. Elles prennent une heure avec un commercial et évitent des mois de galère ensuite.
Où les données sont-elles hébergées, avec quels sous-traitants, et existe-t-il des transferts hors Union européenne ?
Les documents sont-ils réutilisés pour entraîner ou améliorer des modèles ? La réponse attendue est non, et elle doit figurer au contrat.
Un accord de traitement RGPD (article 28) est-il proposé, avec la liste des sous-traitants ultérieurs ?
L'accès est-il nominatif et tracé, avec un journal d'exécution ?
Les réponses produites sont-elles sourcées, avec renvoi à la pièce et à la page ?
L'illusion de l'IA généraliste
Un réflexe fréquent en 2026 consiste à ouvrir un compte d'IA généraliste et à y coller un projet d'acte pour gagner du temps. Un modèle généraliste interrogé sur une règle de droit notarial peut produire une réponse plausible mais fausse : il cite un article de code qui ne contient pas ce qu'il prétend y trouver, et reconnaît souvent son erreur quand on le corrige. C'est la limite bien connue des modèles de langage, et la raison pour laquelle ils sont mal outillés pour le notariat.
L'IA généraliste n'est pas condamnable. Elle est mal outillée pour le notariat. Le bon réflexe est de réserver l'IA généraliste aux tâches sans donnée client (brainstorming, relecture de trames anonymisées, exploration de sujets prospectifs) et de confier les dossiers clients à une solution respectueuse du cadre recommandé par la profession, branchée sur le logiciel métier, qui trace chaque action.
Ce que cela change concrètement pour votre office
La profession change d'abord de posture : elle passe de la défensive à l'offensive. Bertrand Savouré, président du CSN, pose le mouvement : « C'est précisément pour préserver ces fondamentaux que nous faisons le choix d'encadrer collectivement les usages de l'intelligence artificielle dans la profession » [1]. L'IA devient un sujet de gouvernance, plus seulement un sujet technique.
Vient ensuite le vocabulaire commun. Le guide IEJ donne à chaque office une grille de lecture identique pour évaluer les éditeurs. Cela réduit la dépendance aux discours marketing et replace le débat sur le terrain du secret professionnel, des données et de la responsabilité.
Reste la formation. L'AI Act européen demande, avec l'article 4, un niveau suffisant de maîtrise de l'IA chez le personnel qui la déploie ; cette obligation est devenue une obligation de moyens le 27 juillet 2026 (règlement (UE) 2026/1744) [8]. La charte IA du CSN et les guides IEJ deviennent des supports de formation directement utilisables dans l'office. C'est aussi l'occasion de structurer une charte interne courte, qui dit ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas, et qui nomme un référent IA dans l'étude.
Le risque d'attendre
La question n'est plus de savoir si l'IA entre dans les études, mais par quelle porte elle entre. La Banque des Territoires rappelle qu'en 2026, « le niveau d'exigence des clients ne cesse de monter » et que les usagers comparent désormais leur expérience notariale à celle de leur banque ou de leur administration en ligne [5].
Une étude Notariat Services publiée en 2026 indique que 65 % des négociateurs d'études notariales utilisent déjà un outil IA, mais que 71 % d'entre eux déclarent manquer de formation pour l'exploiter pleinement [7]. Attendre, c'est laisser les usages se développer sans cadre, avec un risque réel de violation du secret professionnel par les outils grand public.
Le partenariat du 9 juillet 2026 donne à la profession un point d'appui. Il ne ferme aucune porte : il trace une ligne claire entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. C'est aussi un signal pour les clients et pour les partenaires : un office qui se réfère au cadre CSN montre qu'il a fait le travail, qu'il n'a pas improvisé.
Le mot de la fin : reprendre la main, sans changer de logiciel
Le partenariat CSN ne demande à personne de remplacer son logiciel métier. Chez Neoria, nous proposons de vérifier cinq points avant de retenir un outil : hébergement en Europe, contrat de sous-traitance RGPD, non-entraînement des modèles, accès tracé, sources citées. Cinq points qui se testent en une heure et qui séparent un outil compatible d'un outil qui ne l'est pas.
Neoria accompagne les offices pour mettre en place leurs usages de l'IA ; le cadre CSN n'est ni un label ni une certification, et nous ne revendiquons aucune conformité à ce cadre. L'audit initial, d'une durée d'environ deux semaines, passe en revue les flux réels, identifie le bon premier scénario à mettre en production (souvent la collecte de pièces ou le suivi client) et estime le gain possible, sans rien casser de l'existant.
Sources
À lire aussi
6 min de lecture
LCB-FT notarial : ce que la circulaire 2026-04 change pour vos formalités
6 min de lecture
Prêt NumerIA : financer l'équipement IA de votre office
Depuis le blog