Courtiers
ACPR 2024-R-03 : ce que change vraiment la recommandation du 21 novembre 2024 pour le courtier
La recommandation 2024-R-03, publiée le 21 novembre 2024, remplace la 2013-R-01 au 31 décembre 2025. Recueil des besoins structuré, conseil continu après la souscription, préférences de durabilité, gestion des incohérences. Lecture claire pour un cabinet de proximité, avec les points où un agent de calcul rend service sans remplacer le courtier.
Pourquoi cette recommandation change le quotidien du cabinet
Pendant dix ans, la recommandation ACPR 2013-R-01 a structuré la pratique du devoir de conseil. Le régulateur a ensuite constaté plusieurs dérives : recueil expéditif, questions sans explication, gestion défaillante des réponses incohérentes, prise en compte limitée des préférences de durabilité [1].
La recommandation 2024-R-03, publiée le 21 novembre 2024 et entrée en vigueur le 31 décembre 2025, refond les attendus. Elle ne crée pas d'obligation légale nouvelle, mais elle précise comment les obligations existantes doivent être mises en œuvre. Pour un cabinet de proximité, cela change concrètement trois choses : la forme du recueil, la durée du devoir de conseil et la traçabilité en cas de contrôle, selon l'éditeur Lynkflow [1] [2].
Concrètement, un cabinet de 8 à 15 personnes qui gérait son recueil sur un tableur partagé, ou via un formulaire Word renvoyé par mail, doit revoir l'ensemble de sa chaîne de production. Pas nécessairement l'outil : la méthode et la traçabilité. Selon l'éditeur Lynkflow, l'enjeu, en cas de contrôle, est la capacité à restituer la chaîne de conseil plutôt que de reconstituer l'historique à partir de pièces éparses [1].
Trois évolutions, en clair
| Étape | Ce qui est fait |
|---|---|
| Première évolution | Le devoir de conseil ne s'arrête plus à la signature. L'ACPR inscrit explicitement la relation dans la durée, en particulier pour les produits longs comme l'assurance-vie, la retraite ou la prévoyance. Le distributeur doit s'assurer, à des points de contact réguliers, que le contrat reste adapté à la situation de l'assuré [1]. |
| Deuxième évolution | Les préférences en matière de durabilité doivent être recueillies et documentées, pour les produits d'assurance-vie et de capitalisation visés par la recommandation (elle ne concerne pas l'habitation ou l'auto). Une simple case cochée en bas de formulaire ne suffit plus : le distributeur doit obtenir ces préférences de manière claire et non trompeuse, et documenter ce qu'il en fait si son portefeuille ne contient pas de produit correspondant [1]. |
| Troisième évolution | La gestion des incohérences devient une obligation. Lorsque les réponses du client paraissent contradictoires ou incomplètes, le distributeur ne peut plus poursuivre comme si de rien n'était. Il doit identifier l'incohérence, alerter le client et en garder la trace dans le dossier de conseil [1]. |
L'IA peut devenir un outil utile au service du métier, mais la validation humaine reste le garant ultime de la qualité du conseil. C'est précisément l'ambition de Vision IA.
Ce que la recommandation attend d'un recueil bien fait
Pour chaque information demandée au client, le distributeur doit être capable d'expliquer en quoi elle sert l'intérêt du client. Les questions doivent être claires, précises et compréhensibles, et leur finalité doit être intelligible [1].
La pratique recommandée consiste à structurer le recueil par produit. Les informations utiles pour une mutuelle santé ne sont pas celles d'un contrat d'assurance-vie en unités de compte. Le niveau de détail du recueil et de la motivation du conseil doit s'adapter à la complexité du produit recommandé [1].
La traçabilité décrite par l'éditeur Lynkflow couvre l'ensemble de la chaîne : recueil des besoins, FIC, échanges écrits, version remise au client. Tous ces éléments doivent être conservés et pouvoir être restitués sur demande du régulateur ou en cas de contentieux [1].
Les exclusions doivent être mises en avant, pas cachées
La recommandation 2024-R-03 introduit une exigence simple mais structurante : les exclusions et limitations les plus fréquentes doivent être présentées au client de manière apparente, et non simplement listées dans les conditions générales. Le distributeur doit s'assurer que le client en a pris connaissance avant la souscription [1].
En pratique, cela impose de revoir les supports de remise de devis et les mails de confirmation, pour que les exclusions les plus fréquentes soient présentées de manière apparente plutôt que noyées dans des pages de petit texte [3].
Sur un contrat habitation ou automobile, cela peut se traduire par quelques exclusions clés à mettre en évidence dans la note de conseil. Sur un contrat d'assurance-vie en unités de compte, le travail est plus lourd : exclusions de garantie, profil de risque, horizon, fiscalité [3].
Les sanctions encourues en cas de manquement
En matière de commercialisation de contrats d'assurance santé, le devoir de conseil fait partie des points que l'ACPR contrôle [3]. La pratique des sanctions montre que l'ACPR dispose d'une palette large, de l'avertissement à l'interdiction d'exercer, en passant par des amendes pécuniaires et la publication systématique des décisions.
Pour un dirigeant de cabinet, le risque n'est pas seulement financier. Une sanction publiée dégrade la relation avec les compagnies partenaires, et fragilise la confiance des clients existants. Le devoir de conseil tracé est aujourd'hui un actif de cabinet, pas une charge administrative supplémentaire.
Ce que l'outillage change, et ce qu'il ne change pas
La recommandation 2024-R-03 ne dit pas que le courtier doit faire son recueil à la main. Elle dit que le recueil doit être tracé, conservé et restituable. C'est précisément le travail pour lequel un outil numérique structuré, branché sur le CRM et le mail du cabinet, est pertinent [1].
L'outil pose les bonnes questions dans l'ordre, signale les incohérences, prend en compte l'épargne de précaution, les projets court terme et les préférences ESG, puis pré-remplit la note d'adéquation et la date. Le courtier relit, complète si nécessaire, signe [1].
La décision reste celle d'un professionnel inscrit à l'ORIAS. L'outil collecte, explique et trace. Le courtier signe, et reste seul responsable de la recommandation. C'est l'esprit de la recommandation 2024-R-03.
Trois questions à se poser avant le 31 décembre de chaque année
Le 31 décembre 2025 est la date d'entrée en vigueur. Mais l'ACPR contrôle le devoir de conseil toute l'année [2]. Trois questions permettent à un dirigeant de cabinet de faire un point rapide : mes recueils sont-ils structurés, signés et conservés au bon format ? Mes notes d'adéquation prennent-elles en compte l'épargne de précaution, les projets court terme et les préférences de durabilité ? Suis-je capable de restituer la chaîne de conseil à un inspecteur ACPR ?
Si l'une des trois réponses est non, c'est par là qu'il faut commencer. Pas par un changement de CRM ni par une refonte de site web. Le devoir de conseil tracé est la première ligne de défense d'un cabinet de courtage en 2026.
Un dernier point, souvent oublié : la formation continue de 15 heures par an, exigée par la DDA, doit elle aussi être tracée, et conservée cinq ans minimum. La recommandation 2024-R-03 s'inscrit dans un mouvement plus large de traçabilité du métier, et un cabinet qui structure aujourd'hui son devoir de conseil prépare en même temps ses autres obligations de conformité.
C'est le type de mission sur lequel nous intervenons chez Neoria. Nous aidons les cabinets à structurer leur recueil, à automatiser la détection des incohérences et la prise en compte des préférences de durabilité, et à préparer une note d'adéquation restituable en cas de contrôle. Le courtier reste décisionnaire : il signe, il valide, il explique au client.
Sources
À lire aussi
7 min de lecture
Compilateurs de PDF : combien de temps vos courtiers perdent encore à comparer des extranets
8 min de lecture
Sinistres : un cas anonymisé, publié par un éditeur, annonce 2h30 ramenés à 50 minutes
Depuis le blog